Histoire du Poivre Pendant l’Antiquité
L’histoire du poivre au 21ème siècle est celle d’un Vietnam qui s’est établi comme une plaque tournante mondiale du poivre, en devenant le premier producteur et exportateur au monde, tout en occupant la place de second importateur après les États-Unis. Le Brésil, qui a commencé à cultiver du poivre seulement au 20ème siècle, est aujourd’hui le deuxième producteur mondial avec une multiplication par quatre de sa production ces dix dernières années. Ces expansions rapides sont la continuité de la longue histoire de la route des épices, dont les racines remontent à plusieurs millénaires avant notre ère dans l’Océan Indien.
Ces changements spectaculaires, reflètent une transformation du marché global et sont porteurs de défis importants, anciens et nouveaux. La traçabilité du poivre, essentielle pour garantir la qualité, la sécurité et l’éthique de sa production, reste problématique dans un marché vaste et diversifié. De plus, l’utilisation intensive de traitements chimiques pour maximiser les rendements pose des questions de durabilité environnementale. Le marché des épices, autrefois vecteur des échanges entre civilisations antiques de l’Europe à l’asie du Sud-Est, continue donc de subir des transformations profondes, reflétant la dynamique d’un monde en mutation tout en confrontant ses acteurs aux enjeux contemporains de durabilité, notamment la déforestation en Amazonie brésilienne et les impacts écologiques des pratiques agricoles modernes.
L’inde, ou l’origine de l’histoire du poivre
Au crépuscule des temps antiques, dans les luxuriantes Ghâts occidentaux de l’Inde, s’épanouissait le poivre noir, Piper nigrum, une plante grimpante native de cette chaîne montagneuse qui serpente le long de la côte occidentale du sous-continent. Bercée par un climat tropical humide, cette région offrait le terroir parfait pour la culture de cette épice qui deviendrait l’objet de convoitises internationales pendant plusieurs millénaires. Dans les contrées du nord-est de l’Inde, une autre variété, le poivre long, Piper longum, prospérait également, ajoutant à la diversité des épices indiennes cultivées.
L’usage médicinal du poivre s’est inscrit dans les annales de la médecine ayurvédique pendant plus de trois millénaires, témoin de son rôle pivot dans les soins de santé de l’ancienne Inde.
Pendant cette période, l’art de cultiver le poivre a prospéré en Inde. Avec la vigueur des premiers échanges maritimes dans l’océan indien, ces précieuses baies noires furent portées aux rivages des principales îles d’Indonésie, disséminées par la main des marchands audacieux. La terre indonésienne vit s’enraciner non seulement le poivre noir du sud-ouest de l’Inde mais aussi le poivre long, venu du nord-est.
Le poivre Atteint l’Egypte
En Egypte, durant le florissant Nouvel Empire, il s’avéra que les narines de la momie du grand Ramsès II, décédé en 1213 av. J.-C., furent emplies de ce condiment. Cet usage suggère un lien précoce entre les civilisations de l’Inde et de l’Égypte, bien qu’il subsiste peu de traces sur la manière dont le poivre atteignait les Égyptiens. On conjecture que ces interactions commerciales se faisaient via l’Arabie, alors que les Égyptiens cherchaient à accéder à d’autres produits exotiques tels que l’encens, la myrrhe et la cannelle par des expéditions vers le mystérieux pays de Pount.
La Grèce.
L’introduction du poivre dans la culture grecque remonte au 4ème siècle avant notre ère, un luxe que seuls les plus opulents pouvaient s’offrir, utilisé pour parfumer tant le vin que les concoctions médicinales.
L’Empire Romain, Le Poivre Arrive en Europe.
L’histoire du poivre prend un tournant décisif dans la popularité du poivre en Europe avec la conquête de l’Égypte par Rome en 30 av. JC. Son usage d’intensifia rapidement à travers la Gaule et la Grande-Bretagne romaine. Le poivre devint alors un ingrédient essentiel dans l’alimentation du monde romain, où les classes aisées l’incorporaient généreusement dans presque tous leurs plats. Selon le livre de recettes attribué à Apicius, un célèbre gourmet romain, le poivre figure dans plus de 70 % des recettes (349 sur 469).
La cuisine romaine était empreinte de saveurs exotiques, avec des ingrédients tels que le gingembre de Chine et le poivre d’Inde, ce dernier étant extrêmement prisé et onéreux. Le poivre long, favorisé pour son piquant plus prononcé, était fréquemment utilisé dans les sauces pour viandes et poissons, ainsi que dans divers médicaments et toniques censés guérir l’impuissance. Les Romains avaient aussi pour habitude d’ajouter du poivre et d’autres épices comme l’encens, la myrrhe, la cannelle, le gingembre et la cardamome à leur vin, qu’ils chauffaient ensuite à feu doux.
La route commerciale principale du poivre vers le monde romain passait par la mer Rouge. Dès le premier millénaire de notre ère, les navires romains naviguaient régulièrement depuis les ports égyptiens vers la côte de Malabar, dans le sud de l’Inde. Le Périple de la mer Érythrée, rédigé entre 45 et 55 de notre ère par un marin grec anonyme, fournit des détails précis sur ces expéditions. La ville de Muziris, sur la côte occidentale de l’Inde, était un point de collecte majeur pour le poivre, où les Romains chargeaient d’énormes navires de plus de 400 tonnes. Pline l’Ancien, encyclopédiste romain du 1er siècle de notre ère, se lamentait que chaque année, l’Inde vidait l’Empire romain de 50 millions de sesterces, soulignant l’énorme coût financier du commerce du poivre.
Le géographe grec Strabon rapporte que l’Empire romain envoyait annuellement environ 120 navires pour un voyage aller-retour d’un an jusqu’en Inde, pour profiter des vents de la mousson. Les navires revenaient ensuite en remontant la mer Rouge jusqu’au port de Bérénice, où le poivre était déchargé et transporté à travers le désert jusqu’au Nil, puis par barge jusqu’à Alexandrie en Égypte romaine, pour être finalement expédié en Europe. Là, il était stocké dans de vastes entrepôts à Rome, dans un quartier dédié aux épices.
L’histoire du poivre durant l’antiquité et de son commerce opulent perdura jusqu’à la chute de l’Empire romain d’Occident au Ve siècle et l’importance de cette épice est soulignée par l’anecdote d’Alaric le Wisigoth, qui demanda une rançon de plus d’une tonne de poivre lorsqu’il assiégea Rome en 410.
Après la chute de l’empire, l’histoire du poivre bascule dans une nouvelle ère. les Romains commencèrent à passer par le royaume d’Aksoum, situé le long du sud de la mer Rouge sur les hauts plateaux d’Éthiopie. Aksoum, devenu une puissance commerciale, maintenait des liens étroits avec l’Empire romain et contrôlait le nord de l’Éthiopie, le Soudan et l’Arabie du Sud. Le niveau de commerce à travers Aksoum fluctua au fil des années, mais resta significatif pendant près de sept siècles.
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